Colossiens 4.2-6 et Éphésiens 5.14-21 — Saisir les occasions de Dieu sans devenir esclave de son agenda.
Une conversation que nous aurions pu avoir. Un encouragement retenu. Une visite reportée. Il est des occasions dont nous reconnaissons la valeur lorsqu’elles sont passées. Alors, lorsque Paul nous demande de « racheter le temps », veut-il nous encourager à courir davantage ou nous apprendre à vivre autrement ?
« Conduisez-vous avec sagesse envers ceux du dehors, et rachetez le temps. Que votre parole soit toujours accompagnée de grâce, assaisonnée de sel, afin que vous sachiez comment il faut répondre à chacun. » (Colossiens 4.5-6, NEG)

Racheter le temps, ce n’est pas seulement gérer ses heures
L’expression grecque est exagorazomenoi ton kairon. Le verbe exagorazō évoque l’action d’acheter ou de racheter, tandis que kairos désigne le temps et souvent une occasion favorable. Il ne faut pas opposer rigidement kairos à chronos, les deux mots pouvant se recouper. Mais le contexte indique clairement l’idée de mettre à profit les occasions.
Paul ne recommande pas simplement un agenda plus efficace. Il invite les croyants à reconnaître les moments où la sagesse, la bonté et le témoignage peuvent s’exprimer. Une minute consacrée à écouter sincèrement peut porter davantage de fruit qu’une heure d’agitation.
La prière ouvre les yeux sur les portes que Dieu ouvre
Revenons quelques versets en arrière. En Colossiens 4.2-4, Paul encourage les croyants à persévérer dans la prière, à veiller avec reconnaissance et à demander qu’une porte s’ouvre pour la Parole. Emprisonné, il ne demande pas seulement que ses circonstances changent : il veut pouvoir annoncer clairement le mystère de Christ.
C’est seulement ensuite qu’il exhorte l’Église à se conduire avec sagesse envers ceux du dehors. La progression est saisissante : nous prions pour les occasions, nous apprenons à les reconnaître et nous cherchons à parler convenablement lorsqu’elles se présentent. La prière et la disponibilité ne s’opposent pas. Elles se répondent.
Avons-nous parfois demandé à Dieu des occasions de témoigner avant de manquer la conversation simple qu’il plaçait devant nous ? Une question sincère, une confidence ou une personne en difficulté peuvent devenir le commencement d’un échange fécond.
Une sagesse qui se voit dans la conduite
Paul parle expressément de ceux « du dehors », c’est-à-dire de personnes extérieures à la communauté chrétienne. Pour elles, notre vie peut être la première rencontre avec ce que nous confessons. La sagesse ne concerne donc pas uniquement les arguments que nous savons formuler mais notre manière de travailler, de répondre, de traiter autrui et de traverser les difficultés.
Pierre rejoint cette perspective lorsqu’il demande aux croyants de rendre compte de leur espérance avec douceur et respect (1 Pierre 3.15-16). On peut manquer une occasion par silence indifférent mais aussi par une parole brutale qui ferme la porte au dialogue.
Que la Parole de Christ habite abondamment en nous
Colossiens 3.16 éclaire notre sujet : « Que la parole de Christ habite parmi vous abondamment. » Paul ne décrit pas une Parole que l’on consulte seulement dans l’urgence. Il parle d’une présence qui demeure et façonne durablement la vie de la communauté.
Une question spirituelle inattendue ne nous laisse pas toujours le temps de préparer une étude. La Parole reçue, méditée et vécue nourrit alors nos réponses. Cela ne signifie pas que nous savons tout. Nous pouvons très bien reconnaître honnêtement une ignorance. Mais un cœur formé par l’Écriture apprend à chercher ce qui est vrai, juste et utile.

La parole qui sort de nos lèvres est liée à ce qui nourrit notre cœur. Jésus le souligne en Luc 6.45. Ainsi, racheter le temps commence souvent bien avant l’occasion elle-même, dans la manière dont nous laissons la vérité de Dieu nous transformer.
Être rempli de l’Esprit pour discerner la volonté du Seigneur
Éphésiens 5.15-18 présente un parallèle remarquable. Paul appelle à marcher avec sagesse, à racheter le temps « car les jours sont mauvais », à comprendre la volonté du Seigneur puis à être rempli de l’Esprit. Les exhortations forment un ensemble : la vie pleine de l’Esprit ne se réduit pas à des émotions religieuses, elle produit un discernement concret.
Dans Actes 8.26-35, Philippe rejoint un voyageur éthiopien et peut lui expliquer l’Écriture. Dans Actes 10, Pierre se laisse conduire vers une rencontre qu’il n’aurait peut-être pas envisagée. Ces récits montrent que Dieu peut préparer des conversations inattendues. Ils ne nous autorisent pas à traiter chaque impression comme une parole infaillible : la conduite de l’Esprit s’éprouve dans la fidélité à Christ, à sa Parole et dans le discernement.
Il y a des occasions où nous devons parler sans tarder. D’autres où il faut attendre, écouter ou renoncer à imposer notre point de vue. Le Saint-Esprit ne nous pousse pas à la précipitation mais nous apprend à marcher dans la vérité.
Des paroles pleines de grâce, adaptées à chacun
Colossiens 4.6 ajoute un détail essentiel : nos paroles doivent être accompagnées de grâce, assaisonnées de sel, pour que nous sachions répondre à chacun. Paul ne nous donne pas une formule identique pour toutes les rencontres. Il invite à écouter la personne réelle qui se tient devant nous.
Une personne endeuillée attend peut-être d’abord une présence silencieuse. Un collègue qui s’interroge sur la foi désire une réponse claire. Une relation blessée a peut-être besoin d’une demande de pardon. Jacques 1.19 nous rappelle l’importance d’écouter avant de parler. Racheter le temps, c’est parfois trouver le courage d’une parole juste et parfois résister au besoin d’avoir immédiatement le dernier mot.
Les jours sont mauvais : l’occasion n’est pas toujours permanente
Dans Éphésiens 5.16, Paul explique pourquoi les occasions méritent notre attention : les jours sont mauvais. Le mal, les difficultés et l’opposition peuvent entraver le bien. Galates 6.10 nous invite de même à pratiquer le bien envers tous pendant que nous en avons l’occasion. Jésus rappelle en Jean 9.4 l’importance d’accomplir l’œuvre qui lui est confiée.
Il ne s’agit pas d’entretenir l’angoisse de manquer quelque chose à chaque instant. Il s’agit de combattre la négligence. Certaines portes ne demeurent pas ouvertes indéfiniment : une réconciliation différée, une visite toujours remise ou une occasion d’encourager peuvent se perdre.

Racheter le temps ne signifie pas remplir chaque minute
Il serait paradoxal de transformer cette parole libératrice en nouveau joug de performance. Se reposer, prendre soin de sa famille, retrouver des forces après une maladie ou accueillir ses propres limites ne constituent pas nécessairement un gaspillage. Jésus lui-même invite ses disciples à se reposer en Marc 6.31.
Ecclésiaste 3 rappelle qu’il y a un temps pour différentes activités, notamment pour parler et pour se taire. Nous ne sommes pas responsables de toutes les urgences du monde. Être disponible pour Dieu suppose parfois de dire non à une sollicitation pour demeurer fidèle à une responsabilité plus importante.
Une vie préparée plutôt qu’une vie précipitée
Relisons ensemble les deux épîtres. La prière nous place dans la dépendance envers Dieu. La Parole de Christ habite et forme notre cœur. La plénitude de l’Esprit nous aide à discerner. La sagesse inspire notre conduite et la grâce façonne nos paroles. C’est ainsi que les occasions de servir peuvent porter du fruit.
Racheter le temps, ce n’est pas nécessairement faire davantage. C’est être préparé à reconnaître le bien que Dieu nous appelle à faire au moment opportun.
Peut-être qu’aujourd’hui l’occasion qui nous est donnée ne sera pas spectaculaire : prendre des nouvelles d’une personne isolée, écouter sans interrompre, prier pour quelqu’un ou prononcer enfin une parole de paix. Et si nous commencions par demander au Seigneur d’ouvrir nos yeux ?
Une prière pour reconnaître les occasions de Dieu
Seigneur Jésus, merci pour le temps que tu me donnes. Que ta Parole habite abondamment en moi. Remplis-moi de ton Saint-Esprit afin que je discerne ta volonté. Donne-moi la sagesse de parler quand il le faut, l’humilité d’écouter et le courage de pratiquer le bien. Préserve-moi aussi de l’agitation qui m’éloigne de ta présence. Que mes journées deviennent des occasions de manifester ta grâce. Amen.
Pour approfondir dans la Bible
Temps et occasions : Colossiens 4.2-6 ; Éphésiens 5.14-21 ; Galates 6.9-10 ; Jean 9.4 ; Ecclésiaste 3.1-8 ; Psaume 90.12.
Parole et sagesse : Colossiens 3.16-17 ; Luc 6.45 ; Jacques 1.19 ; 1 Pierre 3.15-16 ; Proverbes 15.23.
Esprit et prière : Galates 5.16-25 ; Actes 8.26-35 ; Actes 10.19-20 ; Éphésiens 6.18-20 ; 1 Corinthiens 16.8-9.
Sources : Louis Bonnet, Les notes de la Bible annotée, Épîtres de Paul, Éditions Impact, 2014 ; Richard R. Melick, Philippians, Colossians, Philemon, New American Commentary, vol. 32, Broadman & Holman, 1991 ; textes grecs de Colossiens 4.5 et Éphésiens 5.16.
Laurent Joly — Spirit Cookie
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