Colossiens 2.8 et 2.20 — Une réflexion sur la liberté que Jésus-Christ nous a acquise.
Imaginez une personne dont les chaînes viennent de tomber. La porte de sa prison est ouverte. Pourtant, au lieu de franchir le seuil, elle retourne dans sa cellule et referme doucement la porte derrière elle. Voilà une image de l’inquiétude de Paul lorsqu’il s’adresse aux Colossiens : ils ont été libérés avec Christ et certains sont tentés de se soumettre de nouveau à ce qui les tenait captifs.
« Si vous êtes morts avec Christ aux principes élémentaires du monde, pourquoi, comme si vous viviez dans le monde, vous impose-t-on ces préceptes ? » (Colossiens 2.20, NEG)

Une question étonnante adressée à des croyants
Paul ne reproche pas aux Colossiens un manque de curiosité intellectuelle. Il ne leur interdit pas de réfléchir. Il s’étonne plutôt de les voir rechercher une forme de sécurité spirituelle dans des prescriptions que leur union avec Christ a précisément rendues incapables de les sauver. Toute la force de sa question repose sur ces mots : vous êtes morts avec Christ.
L’apôtre vient de rappeler que les croyants ont été ensevelis avec Christ et relevés avec lui (Colossiens 2.12-13). Il parle aussi de l’acte qui nous condamnait et qui a été cloué à la croix (2.14). La croix ne se contente donc pas d’ajouter une aide religieuse à un système ancien : elle inaugure une relation nouvelle avec Dieu.
Que sont les « principes élémentaires du monde » ?
L’expression grecque ta stoicheia tou kosmou se rencontre en Colossiens 2.8 et 2.20 ainsi qu’en Galates 4.3 et 4.9. Le mot stoicheia peut désigner les éléments qui composent un ensemble, comme les lettres de l’alphabet ou les premières notions que l’on apprend. Il a également été employé dans l’Antiquité pour les éléments du cosmos et parfois pour des puissances supposées agir sur le monde.
Deux grandes lectures retiennent l’attention des commentateurs. Selon la première, Paul vise des enseignements religieux élémentaires et un système de prescriptions humaines présenté comme indispensable pour accéder à Dieu. Selon la seconde, il évoque également les puissances cosmiques ou spirituelles auxquelles certains attribuaient une autorité sur l’existence. Le contexte des Colossiens, avec ses allusions aux anges, aux observances et aux puissances, explique pourquoi le débat reste ouvert. Il serait imprudent de transformer une hypothèse en certitude.
Cependant, le cœur de l’argument de Paul ne dépend pas de la résolution complète de cette question : quelles que soient les prétentions de ces principes, ils ne peuvent remplacer Jésus-Christ. C’est le sens de la formule décisive de Colossiens 2.8 : « et non sur Christ ».
Une philosophie qui captive au lieu d’éclairer
En Colossiens 2.8, Paul avertit ses lecteurs contre ceux qui pourraient les emporter comme une proie par une philosophie trompeuse fondée sur des traditions humaines et sur les principes élémentaires du monde. Ce n’est pas une condamnation de toute philosophie ou de l’intelligence. Le texte vise un enseignement déterminé qui se présente comme une sagesse supérieure mais détourne les croyants de la suffisance de Jésus.
On peut étudier, réfléchir, débattre et approfondir sa compréhension des Écritures sans trahir la foi. Le problème commence lorsque des spéculations deviennent des conditions de salut, lorsque des traditions humaines prennent la place de l’Évangile ou lorsqu’une autorité spirituelle s’interpose comme indispensable entre le croyant et Christ.

« Ne prends pas ! Ne goûte pas ! Ne touche pas ! »
Paul donne ensuite des exemples concrets. En Colossiens 2.21-23, il cite des interdictions touchant à l’usage de biens matériels et critique des règles qui, malgré leur apparence de sagesse et d’humilité, sont impuissantes à transformer le cœur. Il mentionne aussi les questions de nourriture, de fêtes et de sabbats (2.16-17) ainsi que la fascination pour des pratiques religieuses et les anges (2.18).
Son raisonnement n’est pas que toute discipline chrétienne serait mauvaise. Le jeûne, la sobriété, l’obéissance et la sainteté peuvent être vécus comme une réponse libre à Dieu. Ce que Paul rejette est leur transformation en système de mérite ou en moyen de compléter l’œuvre de Jésus-Christ. Une règle peut encadrer un comportement sans faire naître la vie intérieure qu’elle prétend produire.
Le verbe grec employé en Colossiens 2.20, dogmatizesthe, évoque le fait d’être soumis à des prescriptions. Il est apparenté au mot dogma, qui désignait notamment un décret ou une ordonnance. Il ne faut donc pas lui attribuer automatiquement tout le sens du terme moderne « dogme » et en conclure que Paul rejette tout enseignement doctrinal.
Mourir avec Christ, ce n’est pas fuir le monde
Lorsque Paul dit que nous sommes morts aux principes du monde, il ne nous invite pas à mépriser la création ou à abandonner toute responsabilité dans la société. Nous continuons de travailler, d’aimer, de prendre soin de nos familles et de vivre au milieu de nos contemporains. Mais nous ne sommes plus définis par les anciennes autorités qui prétendaient régler notre accès à Dieu.
Romains 6.1-11 précise que l’union avec Christ signifie mourir au règne du péché pour vivre à Dieu. Galates 6.14 déclare que le monde a été crucifié pour Paul et Paul pour le monde. Galates 4.3-9 évoque de son côté le passage de la servitude à l’adoption filiale. Ces passages se répondent : la liberté chrétienne naît d’un changement d’appartenance, non d’un simple changement d’habitudes.
Les vieux jougs peuvent porter des habits nouveaux
L’avertissement de Paul traverse les siècles. Nous pouvons nous aussi réintroduire des critères qui donnent à la grâce une apparence d’insuffisance. Cela arrive lorsque quelqu’un affirme qu’un croyant ne peut véritablement plaire à Dieu sans suivre une méthode humaine particulière, célébrer exactement les mêmes jours que lui ou passer par une série d’intermédiaires spirituels.
Le danger existe également lorsque la recherche d’expériences extraordinaires devient plus importante que la communion quotidienne avec Jésus. On peut employer un vocabulaire profondément spirituel tout en ramenant les consciences sous un système de crainte. Le véritable discernement demande donc de poser cette question : cette pratique m’aide-t-elle à demeurer attaché à Christ ou prétend-elle m’apporter ce que Christ seul donne ?
Revenir à la Tête : une vie enracinée en Jésus
Paul ne se contente pas de dénoncer ce qui égare. Il indique positivement où demeure la vie. En Colossiens 2.9-10, il rappelle qu’en Christ habite corporellement toute la plénitude de la divinité et que les croyants ont tout pleinement en lui. Au verset 19, il décrit Christ comme la Tête dont tout le corps reçoit sa croissance.
Voilà pourquoi la réponse au légalisme n’est pas l’absence de repères mais un attachement plus profond au Seigneur. C’est en demeurant en lui que nous apprenons à aimer la vérité, à renoncer au péché et à porter du fruit. La liberté que donne Jésus ne nous rend pas indifférents à sa volonté ; elle nous libère pour la vivre.

Et si nous examinions nos propres chaînes ?
Peut-être avons-nous adopté, parfois sans nous en apercevoir, des obligations que le Seigneur ne nous a pas imposées. Peut-être cherchons-nous à mériter son accueil plutôt qu’à recevoir sa grâce. Peut-être aussi avons-nous confondu fidélité biblique et conformité aux habitudes de notre milieu. L’appel de Colossiens 2 n’est pas de soupçonner indistinctement toutes les traditions mais de les examiner à la lumière de Jésus-Christ.
Le chrétien peut alors vivre une obéissance reconnaissante plutôt qu’une soumission angoissée. Il ne cherche plus à compléter une œuvre inachevée : il apprend à marcher dans la vie que le Ressuscité lui a donnée.
« Ainsi donc, comme vous avez reçu le Seigneur Jésus-Christ, marchez en lui » (Colossiens 2.6, NEG).
Une prière pour demeurer libres
Seigneur Jésus, merci pour ta croix et pour la vie nouvelle que tu nous donnes. Délivre-nous de tout ce qui obscurcit ta grâce. Apprends-nous à discerner les traditions utiles de celles qui emprisonnent les consciences. Que notre foi ne repose ni sur la peur ni sur une sagesse trompeuse mais sur ta personne et ton œuvre parfaite. Amen.
Pour approfondir
Textes bibliques : Colossiens 2.6-23 ; 3.1-4 ; Galates 4.3-11 ; 6.14 ; Romains 6.1-11 ; Éphésiens 2.14-16.
Sources : Louis Bonnet, Les notes de la Bible annotée, Épîtres de Paul, Éditions Impact, 2014 ; Richard R. Melick, Philippians, Colossians, Philemon, The New American Commentary, vol. 32, 1991 ; NET Bible, notes sur Colossiens 2.8 et 2.20 ; revue Themelios, « New Commentaries on Colossians: Survey of Approaches, Analysis of Trends, and the State of Research ». Les différentes interprétations de stoicheia demeurent débattues.
Laurent Joly — Spirit Cookie
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