Pasteurs et responsables : discerner l’excellent pour veiller sur le troupeau

Bible ouverte, carnet et tasse de café dans une ambiance chaleureuse évoquant l’univers de Spirit Cookie.
image_printImprimer

Quand Paul prie pour que les Philippiens discernent « les choses les meilleures », sa prière rejoint aussi les responsables de cette Église. Une invitation exigeante et pleine de grâce à veiller sur le troupeau avec amour, vérité et sagesse.

« Paul et Timothée, serviteurs de Jésus-Christ, à tous les saints en Jésus-Christ qui sont à Philippes, aux évêques et aux diacres. » — Philippiens 1.1

Bible ouverte et carnet dans une lumière chaleureuse, méditation pour les responsables chrétiens

Toute l’Église est concernée, les responsables aussi

Il est frappant que Paul adresse sa lettre à « tous les saints » et mentionne également les « évêques et les diacres ». Il ne réserve pas la vie spirituelle à une élite de dirigeants : tous appartiennent au Christ. Mais il n’oublie pas ceux qui portent une responsabilité particulière au milieu de l’assemblée.

Le terme grec episkopos, souvent traduit par « évêque », signifie ici surveillant, celui qui veille. Il ne faut pas projeter automatiquement sur Philippiens 1.1 toute l’organisation ecclésiastique des siècles ultérieurs. Dans Actes 20.17 et 20.28, Paul convoque les anciens d’Éphèse et leur rappelle que le Saint-Esprit les a établis surveillants pour paître l’Église de Dieu. Tite 1.5-7 rapproche également ancien et surveillant. Les diacres, eux, sont mentionnés distinctement à Philippes : leur service participe aussi à la vie et à l’édification de l’Église.

Quand Paul prie ensuite pour un amour qui abonde « en connaissance et en pleine intelligence, pour le discernement des choses les meilleures » (Philippiens 1.9-10), il prie pour toute la communauté. Il est cependant impossible de ne pas y entendre un appel particulièrement fort pour ceux qui la conduisent et la servent.

Veiller, ce n’est pas seulement surveiller les dangers

Nous pensons souvent au responsable comme à celui qui doit identifier l’erreur doctrinale, dénoncer le péché ou prévenir les divisions. Ce devoir de vigilance est réel. Paul avertit les anciens d’Éphèse que des loups redoutables chercheront à déchirer le troupeau (Actes 20.29-31). Pourtant, veiller sur l’Église ne consiste pas uniquement à dire non à ce qui est mauvais.

Le verbe grec dokimazō, dans Philippiens 1.10, exprime l’idée d’examiner et d’éprouver pour approuver ce qui mérite de l’être. L’expression ta diapheronta peut désigner les choses qui diffèrent ou celles qui se distinguent par leur excellence. Un pasteur doit donc apprendre à reconnaître non seulement l’erreur mais aussi, entre plusieurs chemins possibles, ce qui édifiera le mieux les personnes confiées à ses soins.

Un responsable ne veille pas seulement à ce que le troupeau évite le mal. Il veille aussi à ce qu’il reçoive ce qui le fera grandir en Jésus-Christ.

L’amour doit guider notre discernement pastoral

Dans cette prière, Paul commence par l’amour. C’est décisif pour ceux qui conduisent une assemblée. On peut prendre une décision techniquement correcte et la mettre en œuvre sans assez considérer les personnes. On peut connaître la doctrine mais manquer de tact. On peut défendre la vérité avec une dureté qui blesse inutilement.

Louis Bonnet souligne que la connaissance donne une perception claire de la vérité tandis que l’intelligence désigne aussi un tact moral qui dirige la vie pratique. Richard Melick insiste sur un amour nourri de connaissance et de jugement moral. Pour le pasteur, les deux sont inséparables : aimer le troupeau implique de connaître la vérité de Dieu mais aussi d’écouter les personnes, de comprendre leur situation et d’agir avec une sagesse proportionnée.

Il ne s’agit pas de renoncer à corriger quand c’est nécessaire. Il s’agit de chercher comment restaurer plutôt que simplement condamner. Selon Galates 6.1, celui qui relève un frère surpris en faute doit le faire avec un esprit de douceur et veiller lui-même sur sa propre conduite.

Discerner le meilleur parmi plusieurs bonnes initiatives

Dans une communauté chrétienne, les occasions de servir ne manquent pas : réunions, visites, enseignements, projets, formations, évangélisation et entraide. Toutes ces activités peuvent être bonnes. Mais faut-il toutes les entreprendre ? La question pastorale ne peut pas être seulement : « Pouvons-nous le faire ? » Elle devrait aussi être : « Est-ce maintenant ce dont notre communauté a le plus besoin ? »

Les apôtres eux-mêmes ont dû réfléchir à leurs priorités lorsque le service quotidien auprès des veuves risquait d’être négligé (Actes 6.1-7). Ils n’ont pas méprisé ce besoin. Ils ont organisé une réponse et préservé leur engagement dans la prière et le ministère de la Parole. La sagesse consistait à servir plusieurs biens nécessaires sans les opposer.

Une nouvelle activité ne sera pas toujours meilleure qu’un accompagnement fidèle des personnes déjà présentes. Une prédication brillante ne vaudra pas nécessairement un enseignement qui nourrit réellement l’assemblée. Une décision rapide ne sera pas toujours préférable à une écoute attentive. C’est précisément ici que le discernement des choses excellentes devient indispensable.

Le responsable doit veiller sur lui-même

Paul demande aux anciens d’Éphèse : « Prenez donc garde à vous-mêmes et à tout le troupeau » (Actes 20.28). L’ordre mérite notre attention : veiller sur soi-même fait partie de la vigilance envers les autres.

Un responsable épuisé, dominé par son besoin de tout maîtriser ou incapable d’accepter la correction risque de moins bien discerner. La maturité pastorale ne consiste pas à tout porter seul. Elle suppose l’humilité de demander conseil, de reconnaître ses limites et de respecter les dons confiés à d’autres. Pierre demande aux anciens de paître le troupeau, non en dominant ceux qui leur sont échus en partage mais en devenant les modèles du troupeau (1 Pierre 5.2-3).

Parfois, choisir l’excellent sera de prêcher. Parfois, ce sera d’écouter longuement une personne blessée. Parfois, ce sera de déléguer, de former un nouveau responsable ou de prendre un repos nécessaire. Aucune de ces décisions ne doit devenir un automatisme : chacune mérite d’être éprouvée devant le Seigneur.

Cinq questions pour les pasteurs, anciens et diacres

  1. Cette décision répond-elle à un besoin réel du troupeau ou surtout à mon envie personnelle ?
  2. Est-elle conforme à la Parole et au caractère de Jésus-Christ ?
  3. Contribuera-t-elle à l’édification et à la maturité des personnes concernées ?
  4. Ai-je suffisamment écouté, prié et recherché le conseil approprié ?
  5. Ce choix manifestera-t-il un amour vrai et portera-t-il du fruit durable à la gloire de Dieu ?

Veiller sur ce que Dieu estime précieux

L’Église n’appartient pas au pasteur. Elle appartient au Seigneur. Actes 20.28 la présente comme acquise à un prix immense. C’est pourquoi le discernement pastoral n’est pas un luxe réservé aux responsables particulièrement expérimentés : c’est une nécessité qui nous pousse à dépendre du Saint-Esprit.

Le but n’est pas de devenir un dirigeant qui prétend toujours connaître la décision parfaite. Le but est de devenir un serviteur dont l’amour grandit, dont l’intelligence est renouvelée et dont les choix servent la croissance du peuple de Dieu.

Veiller sur le troupeau, c’est apprendre à reconnaître non seulement ce qui le protège mais aussi ce qui le nourrit et le fait grandir vers Christ.

Une prière pour ceux qui servent

Seigneur Jésus, toi le souverain Berger, garde nos cœurs dans ton amour. Donne-nous une connaissance toujours plus profonde de ta Parole et une juste intelligence des situations. Préserve-nous des décisions dictées par la peur, la précipitation ou l’orgueil. Apprends-nous à discerner ce qui est excellent pour ceux que tu nous confies. Que notre service conduise ton peuple à la maturité et que toute la gloire te revienne. Amen.

Pour prolonger cette réflexion : Discerner les choses les meilleures : choisir l’excellent (1/2) et Choisir le meilleur de Dieu dans la vie quotidienne (2/2).

Sources et textes bibliques

Philippiens 1.1,9-11 ; Actes 6.1-7 ; 20.17,28-31 ; Tite 1.5-7 ; 1 Pierre 5.2-3 ; Galates 6.1 ; Louis Bonnet, Notes de la Bible annotée, Philippiens 1.9-10 ; Richard R. Melick, Philippians, Colossians, Philemon, New American Commentary, vol. 32, 1991.

Signature de Laurent Joly — Spirit Cookie

En savoir plus sur Spirit Cookie

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Laisser un commentaire