Le nom de Jésus n’est pas une formule : ce que les fils de Scéva nous apprennent sur la délivrance

Un croyant se tient dans une lumière matinale avec une Bible ouverte, évoquant la liberté et l’autorité en Jésus-Christ.
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Il existe des textes bibliques qui nous arrêtent immédiatement parce qu’ils sont presque déroutants. Actes 19.13-17 en fait partie. La scène se déroule à Éphèse, dans une ville profondément marquée par la magie, les pratiques occultes et la recherche de puissance spirituelle. Paul y annonce Jésus-Christ et Dieu accompagne son ministère d’actions extraordinaires. Puis apparaissent sept hommes, fils d’un certain Scéva, qui décident à leur tour d’affronter les esprits mauvais.

Ils ont entendu parler de Jésus. Ils ont vu ce qui se passe autour de Paul et comprennent manifestement qu’il y a une autorité particulière attachée à ce nom. Alors ils essaient : « Quelques exorcistes juifs ambulants essayèrent d’invoquer sur ceux qui avaient des esprits malins le nom du Seigneur Jésus, en disant : Je vous conjure par Jésus que Paul prêche ! » (Actes 19.13). Mais la réponse de l’esprit mauvais est saisissante : « Je connais Jésus, et je sais qui est Paul ; mais vous, qui êtes-vous ? » (Actes 19.15). La suite est brutale : l’homme possédé se jette sur eux, les maîtrise et les met en fuite blessés.

Ce récit mérite d’être pris au sérieux, non pour créer de la peur autour du ministère de délivrance mais parce qu’il nous révèle quelque chose d’essentiel : on ne manipule pas l’autorité de Jésus. La délivrance chrétienne ne repose ni sur une technique ni sur un objet ni même sur la répétition correcte d’une formule. Elle repose sur Jésus lui-même, sur son œuvre et sur l’autorité qu’il confie à ceux qui lui appartiennent.

Paul annonce Jésus à Éphèse devant un groupe attentif dans une ambiance lumineuse et paisible.

Un nom emprunté

La formule employée par les fils de Scéva est particulièrement révélatrice : « Jésus que Paul prêche ». Ils ne disent pas : « Jésus-Christ notre Seigneur ». Ils parlent de Jésus comme du Seigneur annoncé par quelqu’un d’autre. Il faut rester prudent : Actes 19 ne nous fournit pas leur biographie spirituelle et ne dit pas explicitement qu’ils échouent uniquement parce qu’ils ne seraient pas convertis. Mais toute la construction du récit oppose clairement leur manière d’utiliser le nom de Jésus à l’autorité qui accompagne le ministère apostolique.

Ils ont remarqué une puissance et tentent d’en reproduire la méthode. C’est précisément ce qui transforme le nom de Jésus en formule. Le monde spirituel, si je puis dire, ne se laisse pas impressionner par le vocabulaire religieux. La question de l’esprit — « Jésus, je le connais. Paul aussi. Mais vous ? » — traverse les siècles. Elle pourrait être adressée à toute personne qui voudrait exercer une autorité spirituelle sans demeurer elle-même sous l’autorité du Christ.

La délivrance n’est pas de la magie chrétienne

Éphèse était justement un environnement où les pratiques magiques étaient répandues. Quelques versets plus loin, ceux qui se convertissent apportent leurs livres liés à ces pratiques et les brûlent publiquement. Il est donc très significatif que Luc place l’épisode des fils de Scéva dans ce contexte. La différence entre magie et foi chrétienne n’est pas simplement une différence de vocabulaire. La magie cherche à maîtriser une puissance par une formule, un rituel, un objet ou une connaissance particulière. L’Évangile fonctionne exactement à l’inverse : le disciple ne maîtrise pas Jésus, il appartient à Jésus.

Le croyant ne dispose pas de la puissance de Dieu comme d’un outil. Il se place lui-même sous l’autorité du Seigneur. Cela change profondément notre manière de comprendre la délivrance. Nous ne cherchons pas une formule plus puissante que celle de l’adversaire, ni un secret réservé à quelques initiés. Nous nous appuyons sur la victoire de Jésus-Christ et nous servons sous son autorité.

Le nom de Jésus est suffisant

Dans le Nouveau Testament, l’autorité spirituelle est constamment reliée à Jésus. Les disciples reviennent de mission en disant : « Seigneur, les démons mêmes nous sont soumis en ton nom. » (Luc 10.17). Pierre dira au boiteux devant le Temple : « Au nom de Jésus-Christ de Nazareth, lève-toi et marche. » (Actes 3.6). Paul ordonne à l’esprit qui tourmente la jeune servante de Philippes : « Je t’ordonne, au nom de Jésus-Christ, de sortir d’elle. » (Actes 16.18).

Dans chacun de ces récits, aucune accumulation d’accessoires religieux n’est nécessaire. Les apôtres ne recherchent pas un objet capable d’augmenter l’autorité du Christ. Un crucifix n’ajoute rien à l’autorité de Jésus. L’eau bénite n’augmente pas la victoire obtenue à la croix. Une formule particulièrement élaborée ne rend pas le nom du Christ plus puissant. Jésus suffit. Cela ne signifie pas que tout geste symbolique serait nécessairement mauvais : la Bible elle-même utilise parfois l’huile, l’imposition des mains ou d’autres signes. Mais aucun de ces éléments n’est la source de la puissance. La puissance appartient à Dieu.

Des disciples reviennent avec joie auprès de Jésus après leur mission.

Mais qu’en est-il des linges de Paul ?

Le contexte immédiat d’Actes 19 contient d’ailleurs un passage étonnant : « Dieu faisait des miracles extraordinaires par les mains de Paul, au point qu’on appliquait sur les malades des linges ou des mouchoirs qui avaient touché son corps, et les maladies les quittaient, et les esprits malins sortaient. » (Actes 19.11-12). À première lecture, quelqu’un pourrait en conclure qu’un objet peut effectivement porter une puissance spirituelle autonome.

Mais Luc commence précisément sa phrase par : « Dieu faisait… » Ce n’est pas le mouchoir qui devient une nouvelle technique de délivrance. Ce n’est pas Paul qui établit une méthode appelée « ministère des linges ». Luc décrit une intervention extraordinaire de Dieu. Et immédiatement après, les fils de Scéva nous montrent le danger de vouloir transformer une manifestation de Dieu en procédé reproductible. Cette proximité dans le texte est précieuse : Dieu peut agir comme il veut mais nous ne pouvons pas transformer sa souveraineté en technique.

L’autorité commence par la soumission

Nous retrouvons ici un principe plus large du Nouveau Testament : « Soumettez-vous donc à Dieu ; résistez au diable, et il fuira loin de vous. » (Jacques 4.7). L’ordre est important. La Bible ne commence pas par la résistance au diable mais par la soumission à Dieu. L’autorité chrétienne n’est jamais une indépendance spirituelle. Celui qui veut exercer une autorité au nom de Jésus doit lui-même vivre sous cette autorité.

Voilà pourquoi le ministère de délivrance ne peut pas être réduit à apprendre quelques phrases que l’on prononcerait devant une personne en souffrance. La première question n’est pas : « Quelle formule dois-je utiliser ? » La première question est : « À qui est-ce que j’appartiens ? » L’autorité spirituelle chrétienne naît d’une relation avec le Seigneur, d’une vie soumise à sa parole et d’une dépendance au Saint-Esprit.

Jésus n’était pas impressionné par les démons

Lorsque nous observons Jésus dans les Évangiles, quelque chose frappe rapidement : il ne semble jamais impressionné par les esprits mauvais. Il ne négocie pas avec eux pour obtenir davantage de puissance et ne cherche pas une cérémonie complexe. À Capernaüm, il commande : « Tais-toi, et sors de cet homme. » (Marc 1.25). Face au démoniaque de Gérasa : « Sors de cet homme, esprit impur ! » (Marc 5.8). Il y a chez Jésus une autorité calme, directe et souveraine.

Pourquoi ? Parce qu’il ne cherche pas une autorité extérieure à lui-même. Il est le Seigneur. Et lorsqu’il envoie ses disciples, il leur donne précisément cette autorité : « Ayant assemblé les douze, Jésus leur donna force et pouvoir sur tous les démons, avec la puissance de guérir les maladies. » (Luc 9.1). L’autorité appartient d’abord à Jésus puis elle est confiée à ceux qu’il envoie.

La délivrance ne doit pas devenir une obsession

À ce stade, une précision pastorale est importante. Prendre au sérieux l’existence des esprits mauvais ne signifie pas attribuer chaque difficulté de la vie à un démon. La Bible elle-même distingue différentes réalités. Elle connaît la maladie physique, la faiblesse humaine, le péché, la souffrance, les conséquences de nos choix, les blessures relationnelles et l’activité des esprits mauvais. Tout n’est pas démoniaque.

Vouloir trouver systématiquement un démon derrière chaque souffrance peut devenir profondément destructeur. Une personne vivant une dépression n’est pas automatiquement sous l’influence d’un esprit mauvais. Une maladie neurologique ou psychiatrique doit être prise au sérieux comme telle et peut nécessiter un accompagnement médical compétent. Un traumatisme ne doit pas être immédiatement interprété comme une porte démoniaque. Un ministère de délivrance sain ne méprise jamais les autres formes d’aide : il cherche Jésus, il écoute, il discerne et il respecte profondément la personne.

Ne pas donner plus de place au démon qu’à Jésus

Il existe également un autre danger : devenir tellement fasciné par les puissances mauvaises que le ministère de délivrance finit paradoxalement par parler davantage des démons que de Jésus. Le Nouveau Testament fait l’inverse. À Éphèse, après l’épisode des fils de Scéva, Luc ne conclut pas que tout le monde commença à étudier davantage les démons. Il écrit : « La crainte s’empara d’eux tous, et le nom du Seigneur Jésus était glorifié. » (Actes 19.17).

Voilà le véritable résultat : Jésus est glorifié. La délivrance chrétienne n’est donc pas centrée sur l’adversaire mais sur le vainqueur. Nous devons connaître suffisamment les stratégies de l’ennemi pour ne pas être ignorants de ses desseins mais notre attention demeure fixée sur Jésus-Christ.

Des chaînes ouvertes reposent au sol tandis qu’une personne marche librement vers la lumière.

Ce que Jésus a déjà accompli

Le ministère de délivrance s’inscrit en réalité dans une victoire déjà obtenue. Paul écrit au sujet de la croix : « Il a dépouillé les dominations et les autorités, et les a livrées publiquement en spectacle, en triomphant d’elles par la croix. » (Colossiens 2.15). Jean affirme : « Le Fils de Dieu a paru afin de détruire les œuvres du diable. » (1 Jean 3.8), puis : « Celui qui est en vous est plus grand que celui qui est dans le monde. » (1 Jean 4.4).

Cela change complètement l’atmosphère du ministère. Nous ne cherchons pas désespérément à produire une victoire que Jésus n’aurait pas encore obtenue. Nous nous tenons dans la victoire du Christ. Voilà pourquoi le ministère de délivrance devrait produire davantage de foi que de peur, davantage de reconnaissance que de fascination pour les ténèbres et davantage de liberté que d’angoisse.

« Jésus, je le connais… »

Revenons finalement à cette parole étonnante d’Actes 19 : « Je connais Jésus, et je sais qui est Paul ; mais vous, qui êtes-vous ? » Je trouve cette phrase presque salutaire. Elle enlève toutes nos prétentions et nous rappelle que le ministère chrétien n’est pas une question de réputation, de technique ou de vocabulaire. Ce qui importe est notre relation avec Jésus.

Avant de vouloir être connus dans le monde spirituel, cherchons d’abord à connaître Christ. Avant de vouloir exercer une autorité, apprenons à vivre sous son autorité. Avant de vouloir libérer les autres, laissons Jésus régner profondément dans notre propre vie. Le nom de Jésus n’est pas une formule : c’est le nom du Seigneur devant lequel tout genou fléchira. Comme l’écrit Paul : « Afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux, sur la terre et sous la terre. » (Philippiens 2.10).

Versets à proclamer sur la victoire de Jésus

Ouvrir les proclamations bibliques

« Celui qui est en vous est plus grand que celui qui est dans le monde. »
1 Jean 4.4

« Le Fils de Dieu a paru afin de détruire les œuvres du diable. »
1 Jean 3.8

« Résistez au diable, et il fuira loin de vous. »
Jacques 4.7

« Il a dépouillé les dominations et les autorités […] en triomphant d’elles par la croix. »
Colossiens 2.15

« Si donc le Fils vous affranchit, vous serez réellement libres. »
Jean 8.36

« Ils l’ont vaincu à cause du sang de l’Agneau et à cause de la parole de leur témoignage. »
Apocalypse 12.11

Ces textes pourront également servir de base à un futur document Spirit Cookie consacré aux proclamations bibliques sur la victoire de Jésus-Christ, qui accompagnera l’ensemble de cette série sur la délivrance.

Signature Laurent Joly – Spirit Cookie
Sources et pour aller plus loin

Textes bibliques principaux
Actes 19.11-20 ; Marc 1.21-28 ; Marc 5.1-20 ; Luc 9.1-2 ; Luc 10.17-20 ; Actes 16.16-18 ; Jacques 4.7 ; Philippiens 2.9-11 ; Colossiens 2.15 ; 1 Jean 3.8 ; 1 Jean 4.4.

Ministère SOTERIA – Suisse
SOTERIA développe depuis 1997 un ministère consacré notamment à la délivrance et à la relation d’aide, en collaboration avec des Églises et des responsables spirituels.
Découvrir le ministère SOTERIA

Pour approfondir
Jean-Marc Bigler, La délivrance, perle retrouvée, Soteria, 2024.
Steve Emmett, Délivré du filet de l’oiseleur : la délivrance, sa pratique biblique, Soteria, 2023.

Note pastorale
La délivrance demande discernement et accompagnement. Une souffrance psychique, médicale ou traumatique ne doit pas être automatiquement attribuée à un esprit mauvais. Une approche pastorale responsable sait également orienter vers les professionnels compétents lorsque la situation le nécessite.

Cet article inaugure une série consacrée à une approche biblique et pastorale de la délivrance en plaçant Jésus-Christ et sa victoire au centre.


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