Une interview imaginaire avec un serviteur bien réel de l’Église primitive. Les réponses sont une reconstitution littéraire fondée sur les lettres de Paul.
Certains hommes ont laissé de grands discours. D’autres traversent discrètement les pages de l’Écriture. Épaphras appartient à cette seconde catégorie. Son nom apparaît seulement trois fois dans le Nouveau Testament et pourtant il dessine le portrait d’un homme dont la foi se manifeste dans l’annonce de l’Évangile, l’amour des croyants et la persévérance dans la prière.

« Je suis l’un des vôtres »
Spirit Cookie : Épaphras, qui êtes-vous exactement ?
Épaphras : Il est vrai que mon nom n’occupe que quelques lignes des lettres de Paul. Cela ne m’attriste pas. Paul dit aux Colossiens que je suis « l’un des vôtres » et m’appelle serviteur de Jésus-Christ. Voilà une identité qui me suffit. J’ai été lié à leur communauté, à leurs joies et à leurs combats. Mais ce qui donne tout son sens à mon ministère n’est pas la place que les autres m’accordent. C’est celui à qui j’appartiens : Jésus-Christ.
Spirit Cookie : Pourquoi insister sur le mot « serviteur » ?
Épaphras : Parce que les croyants ne sont pas ma propriété. Nous ne bâtissons pas notre propre royaume lorsque nous annonçons la Bonne Nouvelle. Nous voulons les voir connaître le Seigneur et grandir dans leur relation avec lui. Un serviteur fidèle apprend à se réjouir de la croissance des autres même lorsque personne ne remarque son propre travail.
« L’Évangile est arrivé jusqu’à vous »
Spirit Cookie : Paul indique que les Colossiens ont appris l’Évangile par votre intermédiaire. Comment avez-vous vécu cette mission ?
Épaphras : Annoncer Jésus-Christ, ce n’est pas proposer une philosophie supplémentaire à des personnes déjà entourées de discours religieux. C’est témoigner de la grâce de Dieu qui nous réconcilie avec lui. Imaginez la joie de découvrir qu’un homme autrefois fermé s’ouvre à la foi, qu’une femme accablée trouve une espérance nouvelle et que des personnes auparavant étrangères les unes aux autres apprennent à s’aimer comme frères et sœurs. Ce changement dépasse les capacités du messager : c’est le Seigneur qui travaille dans les cœurs.

Spirit Cookie : Paul dit que l’Évangile porte du fruit et grandit. Ces deux mouvements sont-ils différents ?
Épaphras : Je les trouve inséparables. Porter du fruit, c’est voir apparaître les marques d’une vie transformée : la foi, l’amour, des œuvres bonnes. Grandir, c’est progresser dans cette vie et voir la Bonne Nouvelle se répandre plus largement. Une assemblée peut devenir nombreuse et rester immature. À l’inverse, une communauté modeste peut manifester une profondeur spirituelle remarquable. La croissance à laquelle nous aspirons est celle de la vie de Christ au milieu des croyants.
Spirit Cookie : Peut-on vous considérer comme le fondateur de l’Église de Colosses ?
Épaphras : Les Colossiens ont effectivement appris l’Évangile par mon intermédiaire selon Paul. Il est donc raisonnable de penser que j’ai joué un rôle important dans les débuts de leur communauté. Mais le texte ne raconte pas les circonstances exactes de sa fondation. Retenez surtout ceci : ce n’est pas le nom du premier prédicateur qui donne vie à l’Église. C’est le Christ annoncé et accueilli.
« J’ai raconté à Paul leur amour dans l’Esprit »
Spirit Cookie : Quand vous avez rejoint Paul, quelles nouvelles lui avez-vous apportées ?
Épaphras : J’aurais pu lui parler uniquement des difficultés et des questions qui se posaient dans la communauté. Pourtant, je voulais aussi qu’il sache comment l’Esprit agissait parmi eux. Leur amour méritait d’être raconté. Quand les croyants prennent soin les uns des autres et persévèrent dans la foi, ce sont de précieux signes de l’œuvre de Dieu. Une communauté n’est pas seulement évaluée à l’exactitude de son vocabulaire doctrinal : la vérité de l’Évangile doit aussi devenir visible dans ses relations.
Spirit Cookie : Les Colossiens étaient-ils néanmoins exposés à des dangers spirituels ?
Épaphras : La lettre de Paul montre que des enseignements pouvaient détourner les croyants de la place centrale de Jésus-Christ. Je ne veux pas inventer une conversation dont l’Écriture ne rapporte pas les détails. Mais l’insistance de Paul est claire : demeurer enracinés en Christ et ne pas se laisser captiver par des discours qui minimisent sa plénitude. Aimer une Église, c’est célébrer ses fruits et veiller avec discernement sur sa fidélité.
Textes de cette première partie : Colossiens 1.3-8 ; 1.23-29 ; 2.6-10 ; 4.12.
La conversation continue : Épaphras nous parle maintenant de son combat dans la prière, de ses préoccupations pour trois Églises et de son lien avec Paul.
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