On reproche souvent beaucoup de choses aux disciples de Jésus — parfois à juste titre. Ils comprennent lentement, posent des questions maladroites, se disputent pour savoir lequel d’entre eux est le plus grand et prennent peur lorsque les événements deviennent dangereux. Quelques heures après la prière de Jean 17, ils abandonneront Jésus et Pierre déclarera même ne pas le connaître.
À force d’insister sur leurs défaillances, nous risquons cependant d’oublier la manière dont Jésus lui-même parle d’eux.
Dans Jean 17, Jésus prie son Père avant d’affronter la croix. Il sait parfaitement ce qui va arriver et connaît toutes les faiblesses de ses amis. Pourtant il ne profite pas de cette prière pour dresser la liste de leurs erreurs. Au contraire, il relève avec une remarquable générosité tout ce que la grâce de Dieu a déjà produit en eux.
Cette prière ressemble presque à un vibrant : « Good job, les disciples ! »
Ils ont gardé la Parole
Jésus commence par cette déclaration :
« Ils ont gardé ta parole. »
— Jean 17.6
Voilà un magnifique compliment. Les disciples n’ont pas seulement entendu
l’enseignement de Jésus. Ils l’ont reçu, conservé et pris au sérieux.
Leur compréhension n’était certainement pas encore complète mais leur cœur
s’était attaché à cette Parole. Et nous étions bien loin de la capacité
d’archivage numérique d’aujourd’hui. Oui, elle s’est gravée dans leur coeur.
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Jérémie 31.34
« Je mettrai ma loi au-dedans d’eux, je l’écrirai dans leur cœur… »
Est-ce bien le cas pour chaque croyant ?
Garder la Parole ne signifie donc pas nécessairement tout comprendre immédiatement ni ne jamais traverser de doute. Cela signifie demeurer attaché à ce que Dieu a dit même lorsque le chemin reste difficile à saisir.
Jésus reconnaît cette fidélité chez ses disciples.
Ils ont reconnu que tout vient du Père
Jésus poursuit :
« Maintenant ils ont connu que tout ce que tu m’as donné vient de toi. »
— Jean 17.7
Les disciples ont compris quelque chose d’essentiel : Jésus n’agit pas indépendamment de Dieu. Ses paroles, son autorité, ses œuvres et sa mission viennent du Père.
Ils ne perçoivent sans doute pas encore toutes les dimensions de cette relation, mais ils en ont reconnu l’origine divine. Derrière les paroles de Jésus, ils discernent la présence et l’action de Dieu.
Ils ont reçu les paroles de Jésus
« Je leur ai donné les paroles que tu m’as données; et ils les ont reçues. »
— Jean 17.8
Recevoir est l’une des grandes réponses de la foi.
Les disciples n’ont pas créé le message et ne l’ont pas mérité. Jésus le leur a donné, et ils l’ont accueilli. Face à une parole qui pouvait parfois surprendre, déranger ou dépasser leur intelligence, ils ont choisi de rester avec lui.
Cette attitude contraste avec celle de plusieurs personnes qui, dans l’Évangile, entendent Jésus mais refusent son enseignement. Les disciples, eux, l’ont reçu.
Ils ont véritablement reconnu qui est Jésus
Jésus ajoute :
« Ils ont vraiment connu que je suis sorti de toi. »
— Jean 17.8
L’expression « vraiment connu » est particulièrement forte. Jésus ne réduit pas ses disciples à leurs hésitations et à leurs incompréhensions. Il reconnaît la réalité de leur cheminement spirituel.
Ils ne savent pas encore tout, mais ils savent l’essentiel : Jésus vient de Dieu. Leur connaissance est inachevée, mais elle est authentique.
Cela devrait nous encourager. Une foi réelle n’est pas forcément une foi qui possède déjà toutes les réponses. Elle peut encore grandir tout en étant sincère et véritable.
Ils ont cru que le Père avait envoyé Jésus
« Ils ont cru que tu m’as envoyé. »
— Jean 17.8
C’est le cœur de leur réponse.
Dans l’Évangile selon Jean, croire que Jésus est envoyé par le Père ne constitue pas un détail secondaire. C’est reconnaître en lui celui par lequel Dieu se révèle et vient sauver le monde.
Les disciples ont fait ce pas. Malgré tout ce qu’ils ne comprennent pas encore, ils ont placé leur confiance en Jésus. Au moment de parler d’eux à son Père, c’est cette foi que Jésus choisit de mettre en avant.
Ils appartiennent à Dieu
« C’est pour eux que je prie […] parce qu’ils sont à toi. »
— Jean 17.9
Jésus ne présente pas les disciples comme une équipe décevante qu’il regretterait d’avoir choisie. Il parle d’eux comme de personnes précieuses appartenant au Père et confiées à ses soins. Et si chaque pasteur qui pourrait lire ces lignes priaient ainsi pour « ses disciples », les croyants qui l’entourent … peut-être que le niveau d’amour dans chacune des communautés s’approfondirait. J’en suis certain.
Leur valeur ne repose pas sur des performances irréprochables. Elle vient de leur appartenance à Dieu.
Avant même de parler de ce qu’ils doivent encore devenir, Jésus affirme qui ils sont : ils sont au Père et ils lui ont été donnés.
Jésus est glorifié en eux
Voici probablement l’une des déclarations les plus étonnantes du passage :
« Je suis glorifié en eux. »
— Jean 17.10
Jésus ne dit pas seulement qu’il espère être un jour glorifié en eux, après qu’ils auront corrigé tous leurs défauts. Il dit qu’il l’est déjà.
Ces hommes imparfaits rendent déjà Jésus visible. Leur foi, leur attachement et leur présence auprès de lui l’honorent. Malgré leurs faiblesses, quelque chose de sa gloire apparaît dans leur vie.
Nous voyons souvent ce qui manque encore chez une personne. Jésus, lui, sait également reconnaître ce que Dieu a déjà commencé à accomplir. Quel encouragement que ce regard de Christ sur ses amis et sur ma vie.
Ils ont persévéré auprès de lui
Jésus rappelle ensuite qu’il a gardé ceux que le Père lui avait donnés :
« J’ai gardé ceux que tu m’as donnés, et aucun d’eux ne s’est perdu, sinon le fils de perdition. »
— Jean 17.12
La mention de Judas rappelle que le tableau n’est pas naïf. Jésus ne nie pas la gravité de la trahison. Mais il constate également que les autres sont toujours là.
Ils ont traversé les oppositions, les questions, les incompréhensions et les moments de peur. Ils ne sont pas parfaits mais ils ont persévéré avec Jésus.
Cette fidélité compte à ses yeux.
Leur identité a changé
Jésus déclare à deux reprises :
« Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde. »
— Jean 17.14,16
Cela ne signifie pas que les disciples auraient cessé de vivre parmi les autres êtres humains. Jésus précise d’ailleurs qu’il ne demande pas au Père de les retirer du monde.
Mais ils ne tirent plus leur identité du système qui refuse Dieu. Ils appartiennent désormais à une autre réalité. La Parole reçue a commencé à transformer leur manière de comprendre leur existence.
Le monde peut les rejeter mais il ne peut plus définir qui ils sont.
Jésus leur confie sa propre mission
« Comme tu m’as envoyé dans le monde, je les ai aussi envoyés dans le monde. »
— Jean 17.18
Quelle marque de confiance !
Jésus associe l’envoi de ses disciples à son propre envoi par le Père. Il leur confie la continuation de sa mission dans le monde.
Il sait pourtant qu’ils demeurent fragiles. Pierre peut agir impulsivement, Thomas peut avoir besoin de preuves et les autres peuvent être saisis par la peur. Jésus décide néanmoins de remettre son témoignage entre leurs mains.
Il ne leur confie pas cette mission parce qu’ils sont parfaits, mais parce qu’ils sont à lui, qu’ils ont reçu sa Parole et que Dieu poursuivra son œuvre en eux.
Leur témoignage portera du fruit
Jésus ne prie pas seulement pour les disciples présents autour de lui :
« Ce n’est pas pour eux seulement que je prie, mais encore pour ceux qui croiront en moi par leur parole. »
— Jean 17.20
Jésus voit déjà au-delà de leur faiblesse immédiate. Il contemple les générations de croyants qui naîtront de leur témoignage.
Leur parole portera du fruit. D’autres personnes croiront en Jésus grâce à ce qu’ils annonceront et transmettront.
Nous faisons nous-mêmes partie de cette histoire. Si nous connaissons aujourd’hui le message de Jésus, c’est notamment parce que les premiers disciples ont parlé, témoigné et fidèlement transmis ce qu’ils avaient reçu.
Jésus ne leur demande pas de tout produire eux-mêmes
Certains éléments de la prière ne décrivent pas encore ce que les disciples ont réalisé. Ils expriment ce que Jésus demande au Père d’accomplir en eux :
- les garder en son nom ;
- les préserver du malin ;
- leur donner la joie parfaite de Jésus ;
- les sanctifier par la vérité ;
- les rendre un ;
- faire de leur unité un témoignage pour le monde.
Cette distinction est précieuse.
Jésus ne les accuse pas de ne pas parvenir seuls à se protéger, se sanctifier ou construire une unité parfaite. Il prie pour eux. Il demande au Père de leur accorder ce dont ils auront besoin.
Leur avenir ne dépend donc pas seulement de leur force morale. Il repose sur la fidélité de Dieu, la prière de Jésus et l’action de la vérité dans leur vie.
Jésus est-il fier de ses disciples ?
Le passage ne dit pas littéralement que Jésus serait « fier » ou « heureux de leur travail ». Mais son affection, son estime et sa joie apparaissent clairement.
Jésus prie spécialement pour eux. Il affirme qu’ils appartiennent au Père. Il reconnaît qu’ils ont gardé la Parole, reçu son enseignement et cru en sa mission. Il déclare être glorifié en eux. Il leur confie la suite de son œuvre et voit déjà le fruit futur de leur témoignage.
Plus encore, il désire qu’ils possèdent en eux sa propre joie :
« Afin qu’ils aient en eux ma joie parfaite. »
— Jean 17.13
Jésus ne minimise pas leurs faiblesses. Il pose toutefois sur eux un regard plus profond que celui de la simple accusation. Il voit leur foi réelle, leur fidélité naissante et l’œuvre que Dieu est en train d’accomplir.
Un autre regard sur les disciples
Nous chargeons parfois beaucoup les disciples. Nous nous attardons sur Pierre qui s’enfonce dans l’eau, sur Thomas qui doute, sur Jacques et Jean qui recherchent les premières places ou sur le groupe qui s’enfuit lors de l’arrestation de Jésus.
Ces récits sont importants car la Bible ne transforme pas les disciples en héros sans défauts. Mais Jean 17 nous empêche de ne voir qu’une moitié de leur histoire.
Écoutons aussi ce que Jésus dit d’eux :
Ils ont gardé ta Parole.
Ils ont reçu les paroles que je leur ai données.
Ils ont véritablement reconnu que je viens de toi.
Ils ont cru que tu m’as envoyé.
Ils sont à toi.
Je suis glorifié en eux.
D’autres croiront par leur parole.
Quel magnifique bilan !
La grâce de Dieu ne consiste pas seulement à pardonner ce qui va mal. Elle sait aussi faire naître quelque chose de bon, de fidèle et de fécond chez des personnes encore imparfaites.
« Good job ! »
On pourrait reformuler ainsi la prière de Jésus :
Père, ils ont gardé ta Parole. Ils ont accueilli ce que je leur ai donné. Ils ont reconnu d’où je viens et ils ont cru que tu m’as envoyé. Ils sont à toi, je suis glorifié en eux et leur témoignage portera du fruit. Maintenant, garde-les et conduis à son accomplissement l’œuvre que tu as commencée en eux.
Alors oui : « Good job, les disciples ! »
Non parce qu’ils auraient tout compris, tout réussi et toujours agi courageusement. Mais parce qu’au milieu de leurs fragilités, ils ont réellement accueilli Jésus, cru sa Parole, persévéré auprès de lui et transmis son témoignage.
Cette prière nous invite peut-être à porter le même regard sur les disciples d’aujourd’hui — et même sur nous-mêmes. Sans nier ce qui doit encore être transformé, apprenons à reconnaître ce que la grâce a déjà produit.
Jésus ne voit pas seulement nos manquements. Il voit aussi la foi, parfois fragile mais véritable, qui s’attache à lui. Et il continue de prier afin que ce qu’il a commencé parvienne à sa pleine maturité.
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